Diriger, c’est aussi un sport de haut niveau

Pourquoi j'ai choisi d'ajouter la préparation mentale à ma pratique de coaching.

Pauline Noack Fraissignes

5/17/20264 min read

Préparation mentale - Brücke - Photo de <a href="https://unsplash.com/fr/@johnarano?utm_source=unspl
Préparation mentale - Brücke - Photo de <a href="https://unsplash.com/fr/@johnarano?utm_source=unspl

Il y a quelques semaines, j'ai validé ma certification en préparation mentale. Un complément de formation qui m’est apparu évident au fil de mes accompagnements.

Au-delà de mon intérêt pour les neurosciences, c’est un constat de terrain qui m’a convaincue : certains blocages que rencontrent mes clients ne relèvent pas d'un manque de clarté sur leur vision, ni d'un défaut de compétences, mais d’un conditionnement neuropsychologique. Le coaching seul, aussi puissant soit-il, atteint parfois ses limites face à des schémas ancrés depuis des années dans le cerveau.

La préparation mentale offre des outils de reprogrammation. Ce mot peut faire peur, mais il désigne simplement la possibilité de modifier des automatismes cognitifs et émotionnels qui freinent la performance. Les athlètes de haut niveau le savent depuis longtemps. Les dirigeants commencent à le découvrir.

Le dirigeant est un athlète qui s'ignore

Si vous observez un athlète de haut niveau dans les semaines précédant une compétition majeure, vous le verrez travailler son mental autant que son physique. Il visualise sa course, ses mouvements, il anticipe sa réponse émotionnelle et conditionne son cerveau à performer sous pression.

Maintenant, regardez un dirigeant à la veille d'un comité stratégique décisif, d'une négociation complexe, ou d'une période de transformation de son organisation. Il prépare ses slides, répète ses arguments, mais a-t-il appris à conditionner son état intérieur ?

La pression que subit un dirigeant n'est pas fondamentalement différente de celle d'un sportif de haut niveau. Elle est simplement moins visible, moins reconnue, et beaucoup moins outillée. On attend du dirigeant qu'il soit lucide, robuste, performant, quelle que soit la pression qui s'exerce sur lui.


Le cerveau peut être entraîné comme le corps !

Trois outils, trois situations réelles pour se préparer

L'ancrage : garder ses moyens quand tout s'accélère

Un directeur général que j'accompagne gérait ses réunions difficiles avec une tendance à durcir la voix, une écoute diminuée, des décisions prises dans la précipitation. Il n'arrivait pas à rester calme et déplorait ces moments de “perte de contrôle”.

L'ancrage est une technique qui consiste à associer un geste et un mot à un état mental et une sensation physique synonymes de puissance et de maîtrise. Cet automatisme est généré en dehors du contexte de stress, et on le répète jusqu'à ce que la connexion devienne automatique.

En quelques semaines, ce dirigeant avait développé un ancrage fort, mobilisable à volonté, qui lui permettait de ralentir sa réponse émotionnelle et de rester stratège au lieu de sortir de ses gonds.

Ce n'est pas de la magie. C'est du conditionnement neuronal, identique à ce qu'un athlète de haut niveau active dans les starting blocks.

La visualisation : répéter ce qui n'a pas encore eu lieu

Un athlète qui se prépare pour les Jeux Olympiques court sa course des centaines de fois dans sa tête avant de la courir physiquement. Ce n'est pas seulement pour se rassurer, c'est parce que le cerveau ne distingue pas fondamentalement une expérience vécue d'une expérience intensément imaginée : les mêmes circuits neuronaux s'activent et les gestes deviennent automatiques.

J'ai appliqué le principe de visualisation (également appelé “imagerie”) avec une jeune dirigeante qui devait conduire une transformation culturelle dans son organisation. Avant chaque séquence difficile, nous avons travaillé la visualisation de manière précise et incarnée : comment elle entre dans la pièce, où et comment elle se tient, ce qu’elle voit et ressent, comment elle répond à une objection frontale, comment elle ne se laisse pas détourner de son objectif.

Visualiser permet de réduire l’incertitude perçue, d’augmenter la familiarité avec la situation et de renforcer la confiance.

La transposition : changer de registre pour changer de regard

La transposition (parfois appelée dissociation ou recadrage) est la capacité à s'extraire mentalement d'une situation pour la regarder d'un autre angle : pas pour fuir, mais pour accéder à un angle de vue inédit (que l'implication émotionnelle directe rend impossible) sur la situation.

Certains clients ont du mal à prendre des décisions difficiles pour des raisons morales. Ils traversent parfois un conflit de valeurs. La transposition permet de se placer mentalement dans la position d'un observateur bienveillant de soi-même, ni détaché ni indifférent, mais suffisamment décalé pour retrouver un espace de pensée plus objectif.

C'est ce que font les grands sportifs face à l'adversité : ils ne nient pas la difficulté, ils la regardent d’un point de vue extérieur à eux. Quand on voit le préparateur mental remobiliser son sportif pendant une pause du match, il l’aide souvent à regarder la situation sous un nouvel angle pour l’aider à retrouver sa puissance et chasser les doutes.

Ce que cela change dans ma pratique

La préparation mentale ne vise pas à transformer le dirigeant en machine, elle vise à lui permettre d’habiter pleinement et sereinement ses responsabilités. La puissance du dirigeant ne réside pas dans la capacité à supporter la pression, mais à accéder facilement à son meilleur niveau de présence et de performance. Comme un athlète !

Qui devenons-nous dans l’exercice de nos responsabilités ?

Pour chaque dirigeant que j'accompagne, cette question est une invitation à se préparer, avec le même sérieux qu'un athlète de haut niveau, aux moments de tension où l’avenir de l’entreprise repose principalement sur ses épaules.

La lucidité, la force intérieure et la capacité à rester soi-même sous pression sont des conditions de l'exercice du leadership. Le coaching et la préparation mentale se combinent pour créer une qualité de présence, des décisions ajustées, et l’endurance d’un dirigeant aligné avec ses choix.