Pourquoi certaines situations me font réagir aussi vivement ?
Un éclairage sur nos déclencheurs émotionnels automatiques en situation de responsabilité, et comment retrouver un espace de choix
Pauline Noack Fraissignes
10/27/20263 min read


Je n'aime pas les tests de personnalité.
Un profil, une couleur, une lettre : une personnalité ne tient pas dans une case. Pourtant, apprendre à se connaître mieux me paraît essentiel. Non pas pour savoir « quel type » on est, mais pour comprendre ce qui, en nous, agit sans que nous puissions le maîtriser.
Quand la force s'emballe
Avez-vous remarqué que, dans certaines circonstances, ce qui vous a fait réussir peut se retourner contre vous ? Votre rapidité devient précipitation. Votre confiance devient excès de certitude. Votre exigence devient rigidité.
L'idée n'est pas neuve. Aristote définissait déjà la vertu comme un juste milieu entre deux excès : le courage se tient entre la lâcheté et la témérité.
Le paradoxe est cruel : ce qui vous a mené jusqu'ici est aussi ce qui peut vous faire trébucher, et cela se produit surtout sous pression, au moment où l'on a le plus besoin de discernement.
La surréaction, un signal précieux
Il existe un indice simple pour repérer ces zones : la surréaction. Ce mot, cette attitude, cette situation qui vous fait réagir bien plus fort que l'enjeu ne le justifie.
On a tendance à la juger : « je me suis emporté », « je n'aurais pas dû ».
Je vous propose de la regarder autrement. Cette réaction n'est pas un défaut de caractère. C'est une information. Elle désigne un angle mort, que Jung appelait l'« ombre » : ce que nous ne regardons pas en nous, et qui agit quand même.
Le mot « ombre » peut paraître inquiétant. Il n'a pourtant rien de sombre : c'est simplement ce qui reste hors du champ de vision. Et il a une particularité : les autres le voient souvent mieux que nous.
La fenêtre de Johari, imaginée en 1955 par Joseph Luft et Harrington Ingham (matrice à quatre cadrans qui croisent ce que l'on sait de soi et ce que les autres savent de nous) le formule ainsi : il existe une zone de nous que nos proches perçoivent et que nous ignorons. C'est la raison pour laquelle on ne peut pas tout découvrir seul, et qu'il est urgent d'enquêter.
Ce que l'on voit, on peut le travailler
Une fois l'angle mort identifié, il peut devenir un véritable levier de progression. Dans mon travail d'accompagnement, je n'ai jamais vu un dirigeant ne pas progresser sur ses angles morts une fois qu'ils étaient identifiés. Ce que l'on voit, on peut le travailler, et retrouver de la liberté dans ses décisions et dans ses relations.
Cette liberté a une conséquence concrète : vous cessez de réagir par automatisme et vous recommencez à choisir.
Une démarche à mener seul
Avant de faire appel à un regard extérieur, vous pouvez commencer seul. Prenez un carnet et, pendant deux semaines, notez chaque situation où votre réaction a été plus forte que l'enjeu. Pour chacune, suivez quatre temps :
1. Repérer. Décrivez les faits, sans interprétation : qui, quoi, quand. Évitez les jugements (« il m'a manqué de respect ») pour rester sur ce qui s'est réellement dit ou passé.
2. Observer. Où avez-vous ressenti la réaction dans le corps ? Une mâchoire serrée, une chaleur, un nœud à l'estomac ? Quelle émotion, nommée le plus précisément possible ?
3. Décoder. Quelle histoire vous êtes-vous racontée à cet instant ? Quelle valeur, quelle image de vous-même se sentait menacée ? À quel souvenir ancien de votre parcours cela vous renvoie-t-il ?
4. Choisir. Que ferait la version de vous qui saurait éviter l'excès ? Quel petit ajustement serait possible la prochaine fois ?
Le corps, la tête, puis le cœur : c'est l'ordre dans lequel une réaction se manifeste, et il est important de la lire dans cet ordre.
demander aux observateurs
Choisissez trois personnes de confiance, dans votre entourage professionnel ou personnel, et posez-leur la question suivante : « Quand je suis sous pression, qu'est-ce que je fais que je ne vois pas ? »
Deux règles : écoutez sans vous justifier, et remerciez.
Ce mini-retour à 360 degrés est souvent plus parlant que n'importe quel test, parce qu'il parle de vous, dans votre contexte, avec des situations réelles. Il peut vous donner des éléments supplémentaires que vous n'aviez pas encore détectés.
Quand se faire accompagner ?
Cette démarche en autonomie a ses limites. Un accompagnement devient utile lorsque :
le même schéma revient malgré la prise de conscience ;
le coût est élevé : départs dans l'équipe, conflits, décisions repoussées ;
vous touchez à quelque chose qui dépasse le cadre professionnel, et qu'il devient difficile de gérer seul.
Un coach vous offre un regard extérieur, un espace sûr et une méthode pour transformer cette ombre en liberté d'agir.
Si ce sujet résonne en vous, écrivez-moi.
Coaching exécutif de dirigeants
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